Le refuge de l’Aigle, administrativement fermé, reste ouvert…

Le refuge de l’Aigle, administrativement fermé, reste ouvert…

Si, depuis le mois d’octobre, le maire de La Grave a décidé de fermer le refuge de l’Aigle dans l’attente de sa rénova­tion, à travers un arrêté municipal et la présence d’un panneau « sens interdit » à l’entrée du refuge, la porte de celui-ci reste néanmoins ouverte, et l’usage du refuge est aux risques et périls des usagers.

Refuge de l'Aigle - La Grave - La Meije
Refuge de l’Aigle – La Grave – La Meije Photo les Amis du refuge de l’Aigle

Neuf ans que dure le projet de réhabilitation du refuge de l’Aigle, et déjà quelques centaines de milliers d’euros dépensés pour en arriver là, à l’automne 2012 : une fermeture administrative du lieu, à 3 450 mètres au pied de la Meije orien­tale, arrêtée depuis le 23 octobre dernier par le maire de La Grave, Jean-Pierre Sevrez. Que les alpinistes se rassurent, ferme­ture administrative ne signifie pas fermeture de l’accès : « La porte reste ouverte, déclare Jean-Pierre Sevrez, mais par cette fermeture administrative, je me déresponsabilise de tout accident pouvant intervenir dans l’enceinte du refuge. »

S’appuyant sur les codes et un risque d’incendie rapporté par les inspecteurs du bureau français Veritas il y a déjà quatre ans, Jean-Pierre Sevrez tente avant tout de faire réagir les parties concernées par cette réhabilitation, parties qui ne sont toujours pas parvenues à s’entendre, l’unique dissident restant aujourd’hui l’association des Amis du refuge de l’Aigle, fondée en avril 2004.

Refuge de l'Aigle en 1925
Refuge de l’Aigle en 1925 photo Petzl

Initiée dès 2003 par la FFCAM, la réhabilitation du refuge de l’Aigle, lieu unique des Écrins chargé d’histoire, construit à dos d’hommes en 1910 et composant du site inscrit de la Meije, n’a toujours pas démarré.

Un premier projet rejeté par les Amis du refuge de l’Aigle avec recours en justice en 2007 a été abandonné de facto, suite à la mise en place du comité de pilotage de la DATAR, conçu pour réunir les parties. Cet été, un nouveau projet adopté par la majorité, conservant quelques morceaux de la charpente histo­rique du refuge, n’a toujours pas convaincu l’association:

Nous avons à nouveau déposé un recours en justice en septembre dernier,

déclare Jean Berriot, président de l’association

pour laquelle le refuge d’origine doit être conservé. J’ai totalement confiance puisque l’arrêté minis­teriel de mars 1943 indique que le refuge est inscrit, tout comme le paysage du site de la Meije. » Patrimoine et modernité ne font plus bon ménage dans ce secteur de l’Oisans.

Du côté de La Grave, des guides de haute montagne, des gardiens de refuge, «il faudrait sortir un peu du Moyen Âge et surtout améliorer les conditions de vie là-haut, pour les gardiens notamment », témoigne Bruno Gardent, guide gravarot. En ce qui concerne le risque d’incendie, que les gardiens valident, il semble trop peser désormais sur les épaules du premier responsable en cas d’accident, le maire de La Grave : « Je suis passé outre trois années durant, reconduisant d’ailleurs l’attitude de mon prédécesseur, mais là, je lâche. »

Le torchon brûle

Un projet réfléchi par les Amis du refuge de l’Aigle, conser­vant intégralement le bâtiment d’origine mais incluant sa rénova­tion, n’éveille apparemment pas leurs adversaires : «Le projet en cours déposé et que nous contes­tons prévoit simplement de conserver les 12 poteaux fonda­teurs, qui seront d’ailleurs surélevés et uniquement là pour décorer le nouvel espace, dénonce Berriot. Nous souhai­tons que le bâtiment actuel soit restauré in situ, notamment au niveau de la charpente et de son isolation, et l’ignifugation des planches murales. »L’association défend toujours son propre projet d’extension pour améliorer les conditions de vie du gardien et qui, selon eux, coûterait de deux à trois fois moins cher que le projet fédéral qu’ils rejettent.

Alors dans l’attente – le jugement ne sera pas rendu avant l’été ou l’automne prochain – les parties bougonnent: « Ce second projet est démocra­tique », « Respecter la loi est aussi démocratique », « Soit on fait du bricolage et cela tiendra dix ans, soit on fait un vrai refuge digne de notre temps ?, ou, tel des descendants de Guido Magnone un tantinet provocateurs : ? Faut-il brûler le refuge de l’Aigle ? Ce à quoi d’autres réagissent : ? il faudrait qu’ils (NDLR: les responsables du projet) se dépèchent, car connaissant certains corbeaux de la région, ça risque effectivement de brûler, et pas qu’un jour d’orage !

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