Le Ski extrême redeviendra-t-il visible et médiatique

L’âge d’or du ski extrême médiatique reviendra-t-il ?

À l’âge d’or du ski extrême, établi de 1977 à 1992 a succédé une période où la pratique est tombée dans l’oubli médiatique et est redevenue la seule propriété des skieurs de l’impossible. Bien plus nombreux qu’hier et parfois doublés de leurs ailes, ils vont désormais chercher les pentes suspendues et inaccessible dans les parois les plus austères. Redonnons des lettres de noblesse à cet art du ski où l’erreur se paye cher.

Ski extrême : Pierre Tardivel dans la Voie Bonatti-Zapelli au Grand Pilier d'Angle
Ski extrême : Pierre Tardivel dans la Voie Bonatti-Zapelli au Grand Pilier d’Angle photo Pierre Tardivel

Si on parle de de l’Y à l’Aiguille d’Argentière, le Couturier à l’Aiguille Verte, ou le couloir du Gervasuti au Mont Blanc du Tacul ou le couloir de la table à l’aiguille du Tour ? Cela vous parle ?

On peut voir, à travers les carrières successives de multiples figures de la discipline, françaises, suisses, italiennes ou améri­caines, l’évolution du ski de montagne vers l’extrême. Aujourd’hui, les skieurs vont chercher grâce à leurs voiles, les pentes les plus inaccessibles et parfois à très haute altitude.

Pouvons-vous décrire précisément ce qu’est le ski extrême ?

La définition donnée par les Américains, la No-fall zone.

Comprendre chute interdite avec, le cas échéant, bien peu de chances de s’en sortir. C’est ce qui fait la différence avec le Freeride c’est ce que disent les jeunes aujourd’hui: « En Freeride, tu peux tomber, tu es dans la poudre. En extrême, tu tombes, t’es mort. » Là est la frontière entre les deux activités. Marco Siffredi le disait très bien dans son film ‘Marco Etoile Filante ». « D’ailleurs, la poudre et l’extrême, ça ne va pas du tout ensemble. Si tu t’engages dans une pente au-delà de 45° chargée de poudre. il y a toutes les chances pour que ça parte en avalanche. Voilà donc les critères clés : une pente au-delà de 45°, et la chute interdite.

On découvre donc successivement les pionniers, André Giraud de l’Oisans, le Suisse Sylvain Saudan et l’italien Holzer, puis les imman­quables Patrick Vallençant et Anselme Baud, les américains Landry et Briggs, l’autre Italien Benedetti, Jean-Marc Boivin, Daniel Chauchefoin et l’inépuisable Tardivel jusqu’aux plus modernes André-Pierre Rhem, Sam Beaugey, Marco Siffredi • et enfin les skieurs du ciel comme François Bon, les frères Montant.

Quels sont les traits de caractère de ces skieurs ? Ont-ils des points communs ?

Il y a autant de caractères que de skieurs, comme chez les alpinistes.
Saudan et Holzer étaient complètement opposés. Le premier s’est construit l’image du « skieur de l’impossible« , l’autre, ramoneur de son état était l’un des seuls à avouer sa peur bleue au départ de chaque descente. Il détient tout de même encore le record de premières devant Tardivel qui s’en approche

Les skieurs de l’extrême sont avant tout de très bons alpinistes, sauf peut-être certains comme Cassat-Rosset ou même Saudan, pour qui l’hélicoptère faisait régulièrement partie de la panoplie. Pour se sortir d’un mauvais pas skis aux pieds, mieux vaut avoir de solides bases alpines.

Où s’arrête le ski extrême ?

Daniel Chauchefoin a vraiment marqué la discipline en 1977 lorsqu’il a réussi la descente à skis de la voie des Autrichiens à la face nord des Courtes. Les conditions étaient exceptionnelles cette année-là. Il a ouvert l’âge d’or, puis laisser la suite à des gens comme Boivin ou Tardivel. Tardivel, clinomètre en main, n’a jamais mesuré plus raide que 53°, même au Nan Blanc à là Verte lorsqu’il descendu en 2009 sans rappel.

Vallençant a annoncé 65° au Yerupaya, au Pérou. mais sans instrument de mesure… Le Linceul aux Jorasses, surfé par Jérôme Ruby et skié par Sam Beaugey en mai 1995, n’a été répété qu’une seule fois. Difficile de faire plus…
Aujourd’hui, des skieurs extrêmes comme Sam ou des guides de haute montagne comme Hervé Qualizza témoignent d’une belle affluence dans les couloirs de Chamonix, notamment à l’aiguille du Midi.

Ces skieurs de l’extrème sont-ils de plus en plus nombreux ?

Sûrement, mais toujours aussi discrets. Julien Herry par exemple, ici, et sa bande de potes, répètent des itinéraires en toute discrétion, et ouvrent encore des lignes dans le versant italien du Mont-Blanc. Par bonnes conditions, aujourd’hui, il n’est pas rare de compter dix passages dans le couloir Mallory à la journée, alors qu’en 1990, c’était encore une belle performance. L’extrême aujourd’hui est très peu médiatisé car il n’y a plus vraiment de premières symboliques à faire.

Où se situent les défis du ski extrême d’aujourd’hui ?

Dans ces pentes suspendues parmi les barres rocheuses, là où les skieurs ailés arrivent à poser les spatules pour quelques virages… Il y a eu le ride, puis le Freeride, il y a maintenant le speed-riding. Il faut voir ces vidéos des frères Montant à l’aiguille du Midi, les descentes de la face sud de l’Aconcagua ou de la face nord de l’Eiger par François Bon. Sur les plus hauts sommets, tout reste à faire ou presque. Seuls deux 8000 ont été skiés proprement, c’est-à-dire du sommet, par des skieurs qui ont porté leur matos, et sur la totalité de la descente : le Cho Oyu et l’Annapurna. Le K2 était le défi jusqu’en 2018 en Himalaya. Le 29 Juillet 2018 Andrzej Bargiel a réussit la première descente à ski du K2.

Toutes les parties de la voie normale des Abruzzes ont été skiées par différents skieurs, mais jamais enchaînées.

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